Affiche expo GallimardCe mois-ci, je suis allée voir l’exposition Gallimard, 1911-2011, un siècle d’édition. Outre l’occasion de faire un petit clin d’œil à notre révéré @roidesediteurs, cela m’a permis de réfléchir un peu sur le rôle de l’éditeur dans la création littéraire.

Ce qui m’a le plus marquée, ce sont les lettres des auteurs à leur éditeur. Souvent ils personnifient leur manuscrit (« il a trouvé un accueil chaleureux chez vous », ou « lui et moi, nous avons beaucoup voyagé »). Le livre, c’est vraiment leur bébé.

Travaillant actuellement sur la traduction d’un livre consacré à l’auto-publication, je me suis demandé quel était le rôle de l’éditeur traditionnel et en quoi on semblait pouvoir s’en passer.

Et justement, je crois qu’il s’agit d’une idée reçue totalement erronée de penser que les auteurs auto-publiés se retrouvent tout seul dans leur coin sous prétexte qu’ils n’ont plus de maison d’édition derrière eux.

En fait, la maison d’édition est là pour fournir à l’auteur une sorte de solutionclé en main. Comme le disait Louise de Vilmorin « Je méditerai… tu m’éditeras ». L’auteur n’a qu’à écrire, l’éditeur s’occupe du reste : « Que voulez-vous, il faut bien vendre ».

Mais il serait totalement faux de penser qu’en dehors de cette structure, les auteurs se retrouvent tout seuls devant leur PC à écrire et puis qu’en quelques clics, hop, leur roman est en vente sur Amazon. Non, les auteurs auto-publiés, du moins ceux qui prennent ça au sérieux et je crois qu’ils sont nombreux dans ce cas, reconstituent les services d’une maison d’édition, mais à leur propre échelle.

Dans l’expo, j’ai relevé plusieurs fonctions de la maison d’édition :

–          Comité de lecture, sélection des titres à publier = remplacé par le contact direct avec les lecteurs, ce sont eux qui décideront du succès de l’ouvrage

–          Correction, conseils, édition du contenu = les auteurs embauchent des correcteurs professionnels

–          Conception graphique de la couverture = les auteurs embauchent des graphistes professionnels

–          Fabrication papier = devenu obsolète en numérique, remplacé par le travail technique de création des divers formats de fichiers numériques, généralement assuré par l’auteur, mais doit pouvoir se sous-traiter

–          Distribution, publicité, marketing = l’auteur assure lui-même la promotion de son titre via son blog et les réseaux sociaux, là aussi des sociétés doivent aussi proposer ces services

Au final, qu’y a-t-il de si différent ? Les diverses fonctions sont bien assurées, mais à une autre échelle. Les auteurs auto-publiés en numérique que je lis en anglais n’ont absolument rien à envier aux auteurs publiés sur papier.

Alors, pourquoi les rabaisser, les reléguer au rang d’amateurs, de dilettantes, de simples « refusés » des grandes maisons ? Au contraire, je trouve qu’ils méritent même plus l’admiration, car ils endossent des casquettes très variées et surtout parce qu’ils se mettent en contact direct avec leurs lecteurs. Ce qui est une attitude courageuse de leur part et absolument géniale pour les lecteurs toujours curieux de savoir qui se cache derrière les grandes histoires qu’ils ont pu découvrir.

C’est mon modeste point de vue de lectrice récemment entrée dans le numérique. Tout commentaire avisé sur la question sera le bienvenu, n’hésitez pas.

 

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5 commentaires

  • By Pierre-Yves, novembre 19, 2011 @ 1:03

    Je ne sais pas si le commentaire est avisé, mais sait-on jamais…

    D’abord, je reste persuadé que l’auto-publication est l’avenir de l’édition. La télévision n’a pas tué la radio, mais il y a eu un transfert assez net du « temps de cerveau disponible ». Internet n’a pas tué les journalistes, mais il remet en cause le modèle économique de la presse papier.
    L’auto-publication ne tuera pas Gallimard, mais je n’aimerais pas travailler aux ressources humaines d’un grand éditeur, parce qu’il va y avoir des coupes sombres.
    Le combat que mène aujourd’hui les grandes maisons d’édition face à l’arrivée du numérique n’est pas sans rappeler celui des fabricants de pains de glace.
    On pourra d’ailleurs (re)lire la « Pétition des fabricants de chandelles » de Bastiat plus toute jeune, mais toujours aussi mordante…
    Bref, tu l’auras compris, les lois stupides comme celles sur le prix unique du livre numérique, sous le couvert de préservation de la Culture, servent juste à préserver des intérêts financiers, sans justement envisager la question de la relation entre l’auteur ou l’éditeur (et je ne parle même pas de celle du lecteur, tout juste bon à consommer pour ne pas perdre le triple A).

    Le système est en train d’évoluer (nous en sommes juste au commencement), et la mutation est loin d’être finie. Je ne sais pas si la chenille souffre à devenir papillon, mais à mon avis ça ne se fait pas sans douleur.

    Ça, c’était pour la partie coup de gueule :)

    Ensuite, puisque dans nos différents projets, il se trouve que nous avons notre propre collection auto-publiée (auto-promo :http://framabook.org), je constate que cette mutation laisse un vide.

    Tu l’as dit toi même, s’auto-publier devient relativement simple. J’écris, je fais relire, je fais corriger, je fais un PDF, je peux même faire ma propre couv’ assez facilement (pas besoin d’être graphiste pour faire une couverture d’un roman « à la Gallimard » de la collection Blanche, par exemple), je publie.

    Reste que – comme dans la musique – les circuits de diffusion restent verrouillés. A part quelques cas (par exemple celui, éculé, des Acrtic Monkeys « découverts » sur internet, depuis signés chez une major), si tu veux passer à la radio, faut passer par un gros label. La faute aux ententes incestueuses entre les majors et les canaux de diffusion, qui souvent appartiennent aux mêmes groupes de presse ou de média.
    Dans l’édition, je prédis donc (boule de cristal fournie en option) qu’on va bientôt voir de « grands » auteurs venir pleurer sur leur sort et vouer l’auto-publication aux gémonies, sans se demander combien d’auteurs talentueux n’ont jamais pu être publié, tout simplement parce que leur oeuvre est arrivé chez l’éditeur un jour où se dernier n’était pas dans un bon jour ou « hébergeait » déjà son quota d’auteurs « similaire » (ça me rappelle cette histoire dont je ne retrouve plus la trace d’un écrivain, pourtant doué apparemment, qui s’était suicidé après avoir reçu des lettres – pourtant encourageantes ! – de plusieurs lui disant en gros « Vous êtes bon, voire très bon, mais il y a déjà un Houellbecq. Il est arrivé le premier et il n’y a pas de la place pour deux. »).

    Ce que je veux dire par là, de façon un peu confuse, c’est qu’il y a un avenir à l’auto publication, mais que le chemin va être long avant que l’autre bout de la chaîne (alimentaire) ne se mette en place. Gandhi disait (c’est toujours classe de citer Gandhi, non ?) : « D’abord ils vous ignorent, ensuite ils vous raillent, ensuite ils vous combattent et enfin, vous gagnez. »
    Les grosses maisons d’édition vont donc devoir s’adapter (comment ?), mais elles vont résister, en raillant (auteur auto-publié = mauvais auteur) et combattant (DRM, formats de fichiers fermés propres à des liseuses, lois stupides, etc.)

    Pourtant, elles fournissent des services ayant une véritable valeur ajoutée, à la base (comme les majors d’il y a 30 ans) : un accompagnement de l’auteur – encouragements mais aussi critiques objectives, ce qui n’est pas forcément le cas des lecteurs – une correction professionnelle (spéciale dédicace à fabi) car je rappelle qu’on va bientôt voir débarquer la génération SMS avec de légitimes velléités de publication, et un circuit de diffusion « packagée » (c’est plus simple pour la Fnac de traiter avec 10 gros éditeurs, qu’avec leurs 4000 auteurs).

    Tout ça va entraîner des chamboulements et le retour de guerres de chapelle sur la place de l’oeuvre, celle de l’auteur, et la rémunération de la création. Miam !

    Dans le milieu musical, le modèle « Connect with fans » fait petit à petit tache d’huile (même si la capillarité de l’huile a ses limites).

    Dans l’édition, je constate que sur notre marché d’hyper-niche, des auteurs (y compris des auteurs publiés avant chez des éditeurs classiques) nous contactent bien plus facilement qu’avant, parce qu’ils espèrent retrouver chez nous du sens à leur oeuvre et une certaine liberté de ton, de fond et de forme. Et ce même s’ils savent que, pour l’instant, ils y gagneront moins à court terme…

  • By Lise, novembre 21, 2011 @ 2:31

    Un grand merci pour ce long et avisé (si, si) commentaire, Pierre-Yves.

    Très forte la pétition des fabricants de chandelles, je ne connaissais pas (pour les ignares comme moi, plus d’infos ici). C’est mordant, mais c’est vrai que ça me rappelle les réactions de certains professionnels de l’édition papier.

    J’écrirai plus longuement dessus prochainement, mais effectivement, j’ai l’impression que certains cherchent à lutter contre le numérique, mais ne semblent pas réaliser qu’il est déjà trop tard et qu’ils n’ont pas le choix. Les écrans sont dans nos vies, et nos habitudes de lectures ont déjà changé. Alors pourquoi s’entêter et dépenser son énergie à lutter contre au lieu de rechercher des solutions pour travailler avec ?

    C’est vrai, les maisons d’édition ont des connaissances et une expertise hors pair. Ce serait vraiment dommage que le numérique en soit privé pour une sorte de délit de faciès, une sorte de préjugé sans fondement, de crainte du changement. Ça a l’air d’être plutôt le cas aujourd’hui, mais j’espère que ça va vite changer.

  • By TheSFReader, novembre 21, 2011 @ 2:52

    Moi, j’lavais déjà lue la pétition, et je l’avais bien appréciée.

    Bien plus récent et un poil moins bien construit, mais plein d’humour, il y a aussi ce texte « Print is Eternal », que j’ai vaguement traduit sur mon blog :http://readingandraytracing.blogspot.com/2011/01/limprime-est-eternel.html

    Toujours très efficace…

    Sinon, un petit lien chez .. l’hadopi ( »argggh, mes yeux ! ») qui a hebergé une petite discut sur le sujet :http://labs.hadopi.fr/forum/debats-publics/lauto-production

    Sinon, oui, vous avez raison, les éditeurs ont une valeur ajoutée, un expertise etc. mais si une bonne partie reste d’actualité avec le numérique, il ne faudrait as qu’ils plombent cette expertise avec des habitudes du temps où ils pouvaient dicter leur conditions aux auteurs. Il va falloir (à moyen-long terme) qu’ils ravalent leur fierté et passent du statut de « client » à celui de « fournisseur de service »…

  • By Pierre-Yves, novembre 21, 2011 @ 3:10

    Tout d’abord, désolé pour les nombreuses fautes de mon commentaire, j’ai l’habitude de me relire avant de poster, mais il se faisait tard et je n’avais plus les yeux en face des trous (et je trouve mon message confus, ce qui n’arrange rien).

    L’essentiel de mon commentaire tient en fait en deux points :
    1- oui, les éditeurs, et les maisons d’édition ont une vraie valeur ajoutée, et les auteurs comme les lecteurs perdraient à les voir disparaître ;

    2- non, ces mêmes éditeurs n’ont pour la plupart RIEN compris au numérique. Ils cherchent à défendre un modèle économique de fin de XXème siècle. Ca ne me dérangerais pas plus que cela (après tout, ils font ce qu’ils veulent) s’ils ne faisaient pas du lobbying pour brider la diffusion des nouveaux modèles (dont l’auto-publication).

    Bref, pour être provoc : l’auto-publication, tu l’aime ou tu la quitte, mais t’es gentil tu viens pas obliger l’auteur à fixer un prix unique, ni le lecteur à devoir se taper des DRM incompatibles qui le pousseront vers des offres illégales.

    J’aurais toujours du respect pour l’éditeur qui traite considère son métier avec le même rapport qu’un artisan (c’est le cas de certains éditeurs connus), mais les industriels de l’édition se sont perdus en route, ne voyant le numérique que comme un nouveau marché à vérrouiller, de nouveaux profits à engranger, et leurs résistances ne pourra qu’aboutir à les faire tomber de plus haut. Plus dure sera la chute.

  • By Lise, novembre 21, 2011 @ 9:51

    @TheSFReader Excellent cet article de Konrath que tu as traduit sur ton site. On voit bien l’ambiance.

    Je ne savais pas qu’il y avait ce genre de conversation chez hadopi, je le note !

    @Pierre-Yves Oui, on est d’accord, tous les éditeurs ne sont pas aussi désintéressés qu’on veut bien nous le faire croire. Encore une fois, cette ’sacralisation’ des grandes maisons est à l’oeuvre. Et comme le dit TheSFReader, une adaptation sera forcément nécessaire de leur part. Reste à espérer qu’ils finissent par comprendre ça.

    J’en profite au passage pour partager un lien vers un blog pointé par TheSFReader: http://bit.ly/rwD6UR où on trouve des commentaires très intéressants sur l’auto-publication aussi.

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