Une semaine où le mercure est resté bien trop élevé pour que j’aie l’impression d’avoir les idées claires. Le moment est donc parfaitement choisi pour partir en congés. Avant le grand départ, voici quelques choses faites :
– Une grosse transcréation de spots publicitaires a bien occupé le début de ma semaine. Parmi les jobs les plus « techniques » que je traduis, les transcréations sont de loin mes préférées. Il faut trouver une traduction/adaptation, OK, mais il faut aussi essayer d’en trouver une ou deux autres. Et puis il faut expliquer son raisonnement, pourquoi on fait tel ou tel choix. Et souvent, ce sont des références culturelles bien spécifiques, au bord de l’intraduisible. Il faut donc parfois « réinventer » le texte. C’est dans ces travaux-là que j’ai l’impression de m’exprimer le mieux, d’utiliser pleinement mes compétences.
– La flopée de poèmes jeunesse est à présent traduite et envoyée à l’éditeur. 30 variations sur une même thématique. Quelle gymnastique intellectuelle ! C’est très éloigné de la prose, plus ou moins littéraire, que j’ai plutôt l’habitude de traduire. C’est un pli à prendre et avec ce genre de travail aussi, je trouve qu’on étire le sens du mot traduction. Est-ce encore une traduction que de créer des vers qui ressemblent à l’anglais mais ne sonnent en rien pareil ?
– Progressé dans ma traduction de nouvelles de fantasy historique, même si assez peu. La bonne nouvelle, c’est que je poursuivrai pendant mes congés (ce grand classique des indépendants, incapables de partir sans emporter un petit peu de boulot).
– Mieux vaut en rire que d’en pleurer (peut-être le nom d’une rubrique qui reviendra de temps à autre) : quand 9 ans après la création de ton activité, tu découvres encore des papiers qu’il te faut produire pour être payé par un éditeur. Parfois, ça me désespère de voir à quel point je patauge dans la semoule niveau administratif/fiscal/légal. Je pense faire les choses bien, en toute bonne foi, je suis réglo, je paye charges et cotisations à tout va. Et pourtant, toujours, j’ai l’impression d’aller de surprise en surprise. Mais oui, vous n’avez pas lu l’article trouze-mille du code de l’ObscuritéAbsolue ? Et au moment de chercher des confirmations auprès des impôts ou autre, personne ne sait jamais nous répondre avec certitude, et c’est souvent l’occasion d’une jolie partie de ping-pong entre Urssaf, Agessa et autres charmantes instances administratives. Il y a des jours où je perds pied, et je me sens aussi paumée que Bernard dans la saison 2 de WestWorld.
Le saviez-vous ?
Découvert quelques expressions, reprécisé le sens de certaines, comme « à la coule », qui peut vouloir dire avoir une vie aisée, facile, être indulgent. Mais cela peut aussi vouloir dire être au courant, savoir tirer avantage d’une situation particulière. Au fil de mes recherches, l’expression « être du bois dont on fait les flûtes » m’a bien plu aussi. On reste dans le registre cool et agréable. D’ailleurs, c’est presque le même mot, mais c’est beaucoup moins plaisant : il n’y a pas si longtemps que ça, j’ai failli rédiger cette rubrique autour des coolies, terme qui désigne ces travailleurs asiatiques/forcés et dont l’origine serait indienne. On en voit ici, rédigeant dans le sang des leurs camarades déchus leurs revendications.
Agenda
Cette semaine, j’ai réussi à croiser l’autrice A. M. Homes chez Shakespeare & Co. Elle lisait quelques extraits de son dernier recueil de nouvelles, Days of Awe et évoquait la genèse de ses histoires. Un entretien passionnant, comme souvent à cet endroit.
Les liens du moment
– Cela doit être une rediffusion de l’été, mais ce n’est pas une raison pour bouder son plaisir. La Compagnie des auteurs a fait une série intitulée autour de J. K. Rowling. Ce premier épisode s’intitule « Le roman comme une œuvre d’art ».
Avec en deuxième partie l’entretien avec Jean-François Ménard, le traducteur, qui dit entre autres « Au bout d’un certain nombre de chapitres, on ne traduit plus, on lit. » Je le rejoins un peu, car moi aussi oui, au bout de quelques chapitres, j’ai l’impression d’avoir enfin saisi la « voix » du roman. J’ai trouvé la bonne distance, le bon ton, le bon vocabulaire. Et dès lors, il est vrai que la traduction coule bien plus volontiers. On se trouve « dans la zone ».
– Lors de son entretien à Shakespeare & Co, Zadie Smith a évoqué cet article récemment publié, Now more than ever. Ici on peut le lire, et même l’écouter lu par l’autrice elle-même.
C’est tout pour aujourd’hui, rendez-vous la semaine du 15 août pour le retour des congés !





Cool ton rapport d’activité de coolie des mots !